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 Les souvenirs de Dorën Plaat (v2)

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Général Conor Ó Caiside
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MessageSujet: Les souvenirs de Dorën Plaat (v2)   Sam 6 Juin - 0:50

Début du printemps de l'an 40, les Rosiers, Grisonnes

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. C'est Jean qui m'a fait parler. Jean, des Conifères, un étudiant, un carabin, lui aussi, mais surtout, à l'époque, un camarade. On c'était rencontré dans les hautes-écoles des Rosiers, on étudiait tous les deux l'Histoire, on espérait devenir des grands écrivains, on espérait refaire le monde, vous savez. Mais on avait vite réaliser qu'il est très dur de refaire à partir de nos tabourets, devant ou derrière un bar. On c'est d'ailleurs donné rendez-vous, dans un de ces bar, aux Rosiers, non loin de la grand-place.

Quand je suis arrivé, Jean était déjà là, à lire le journal ; Les Temps Gris, qu'il lisait. J'avais moi même lu les titres ce matin en me levant ; rien d'inhabituel, au contraire, ils parlaient du 36ème fête de la saucisse des Conifères. « Foutre bon journal, les Temps Gris ! » qu'il me dit, Jean, à ce propos. « Y en a pas deux comme lui pour défendre la race grisonnante ! - Et elle en a bien besoin, la race grisonnante, surtout quand elle n'existe pas ! » que j'ai répondu, pour lui montrer que j'étais documenté, que je suivais les véritables journaux, moi.

« Mais si donc qu'il y en a une ! Et une belle de race, pour ça ! qu'il insistait, lui, et même que c'était la plus belle race du monde connu, et la plus riche, par dessus le marché ! » Le voilà parti pour m'engueuler, le corniaud. Je n'avais personne d'autre à blâmer, sur le coup, je devais tenir ferme.

« Mais ta gueule, Jean, nom de Dieu ! Tu sais ce que c'est une race ? Une race, c'est un grand putain de ramassis de miteux dans notre genre, des berdaleux* qui ont échoués ici poursuivis par la faim, la peste, les tempêtes et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde il y a une vingtaine de putains de siècles. C'est ça, tes putains de Grisonnes, et c'est ça tes putains de grisonnants ! »

Il m'a regardé d'un air presque triste, véritablement touché.

- Plaat, et nos parents, Plaat, hein ? T'y as pensé ? Ils nous valaient bien !

- C'est ça, Jean, t'as raison, ha ça, pour ça, t'as raison ! Haineux et dociles, comme des chiens de garde dans une niche en plein hiver ! Violés, étripés, fusillés, utilisés en putains de saucisses dans les champs de Zul'drak, et couillons comme toujours, ils nous valaient bien, nos parents, ça bien sûr ! Redis-toi ça, Jean, redis-toi seulement ça ! On n'change pas, n'est-ce pas !? Ni de maîtres, ni d'opinions, ni de chaussettes ou de chemises, ou bien si tard que ça n'en vaut même plus la peine. On est nés fidèles, nous les grisonnants, on en crève même des fois ! Des véritables soldats gratuits, héros de tous les jours et de tout le monde ! Et tout ça pour quoi, Jean ? Tout ça pour quoi ?

- Il y l'Honneur, Plaat, et l'Amour !

- L'Amour ? L'Honneur ? Je t'en prie...

- Parlons-en, de ton Honneur et de ton Amour, Plaat ! T'es un pseudo-libertaire, et voilà tout !

- Tu sais quoi Jean ? T'as raison. Je suis un putain de traître libertaire ! Un planqué, un lâche, un pétochard à la recherche de justice sociale ! Aucun honneur, aucun amour !

Je m'agitais comme un porc avant d'entrer dans l'abattoir. Je n'avais peut-être pas d'honneur à l'époque, mais Dieu seul sait à quel point je savais défendre mes idées.

« Ton petit numéro ne tient pas devant la vie, Plaat. Je n'ai rien contre l'ordre établi et je n'aime pas la politique. Et tu sais quoi ? Le jour où la patrie me demandera de verser mon sang pour elle, elle me trouvera, moi, et pas fainéant, même pas pour un sous ! » Voici ce qu'il m'avait répondu.

Le pauvre diable ne savait pas ce que le bon Seigneur nous préparait. Cette brève mais vivace discussion m'avait exténué. Aussi, j'étais légèrement touché par le fait que le garçon m'avait légèrement traité d'enflure à cause du pourboire. Enfin, nous nous réconciliâmes, Jean et moi, pour en finir avec cet enfer.

« Je peux comprendre, Jean, t'as même raison en somme, que j'ai dis, conciliant ; mais tu ne me diras pas le contraire, on c'est tous fourgués dans une belle galère, et nous, couillons, on rame à tour de bras, assis sur la moisissure et les clous, à tout tirer pour nos maîtres ! Et qu'est-ce qu'on y gagne ? La même chose que nos parents : rien ! Du mépris et des coups, seulement, des bobards et des promesses si on est sages. On travaille ! qu'ils nous disent, et c'est sans doute ça, le pire dans l'histoire, c'est que pendant qu'on se souffle dans la gueule dans notre cale, sur le pont, les Maîtres ont l'air frais ! Et des fois, ils mettent leurs beaux chapeaux, leurs belles cannes, descendent, donnent un coup dans le premier venu et hurlent : "C'est la Guerre, bande de fainéants ! On s'en va bien loin, dans un pays plus froid, moins sympathique, et pourquoi ? Car pourquoi pas, seulement !" qu'ils font.

- C'est tout à fait ça, pour sûr ! » m'approuva Jean. Nom de Dieu, subitement, il était devenu facile à convaincre. La fatigue, sans doute.

C'est au moment où nous nous levions qu'un régiment de carabins de la maison Moore passa dans la ruelle où nous étions, et avec le colonel, bien beau, sur son cheval par devant, à mener la troupe.


« J'm'en vais voir si c'est réellement ainsi ! » avais-je crié à Jean, m'avançant hâtivement vers le régiment en marche. J'y étais, j'y restais ! J'avais une aventure à prendre et, surtout, un argument à prouver.

Et c'est ainsi que je me suis engagé.

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